Quand je parle de formation, on me parle en général du contenu de la formation. Alors que moi, je voudrais entendre parler d’erreurs 😈. Du coup, je demande toujours :
Parlez-moi plutôt des erreurs que font vos apprenant·es... Pourquoi c'est grave ?
Dans cet article, j’explique pourquoi je pense que c’est super important de s’intéresser aux erreurs des apprenant·es. Et pour faire ça, je vous propose de faire une sorte de mise en abîme en détaillant une erreur classique en formation. Je présente ensuite la grille d’analyse que j’utilise pour documenter les erreurs en l’illustrant sur 3 exemples.
Une erreur classique quand on pense l’enseignement
L’erreur de raisonnement
La conception naïve en enseignement, l’erreur de raisonnement classique, c’est de penser qu’enseigner c’est transmettre des connaissances. Dans cette vision, on a deux cas de figures :
- Soit les apprenant·es ne savaient rien, et la nouvelle connaissance se range dans leur étagère mentale.
- Soit les apprenant·es savaient déjà quelque chose de faux, et la nouvelle connaissance vient alors remplacer la mauvaise connaissance dans leur étagère des connaissances.
L’erreur qu’on observe
La personne qui croit qu’enseigner c’est transmettre ses connaissances va parler la grande majorité du temps de formation. Pour elle, l’essentiel est de présenter les bons messages. Lors de la préparation de la formation, elle va concentrer toute son énergie à préparer le contenu du cours pour l’organiser du mieux possible, que ça soit le plus convaincant possible. Elle va passer du temps à trouver des histoires rigolotes ou surprenantes pour gagner l’attention de son public. Ou rechercher des sources crédibles pour appuyer son propos. Je le sais d’autant plus que comme la majorité des enseignant·es et des formateur·ices, j’ai été cette personne.
Les bonnes raisons pour faire cette erreur de raisonnement
Nous sommes renforcés dans cette croyance car parfois, on a l’impression qu’il suffit de lire pour apprendre. C’est l’illusion de « fluency ». On a l’impression d’apprendre quand on écoute quelqu’un de très « pédagogue », ou quand on lit un livre très clair. Pourtant, après avoir écouté cette personne qui explique super bien, ou lu un chapitre très convaincant, on a beaucoup de mal à expliquer nous même ce que l’on vient d’« apprendre ».
Les conséquences de cette erreur
Les enseignant·es déploient énormément d’énergie pour améliorer l’efficacité de leurs cours. Ils et elles ont des étudiant·es de plus en plus satisfait·es, mais passé les 2-3 premières années d’enseignement, leurs apprenant·es n’apprennent pas davantage.
Conclusion
S’intéresser aux erreurs des apprenant·es nous permet donc :
- De laisser de la place en formation pour ces erreurs
- De faire des liens entre leur raisonnement « naïf » et le raisonnement que l’on enseigne
- Et de construire des évaluations par QCM avec de bons distracteurs qui vont permettre de tester la compréhension.
S’intéresser aux erreurs des apprenant·es
Quand je prépare une formation, ou une évaluation par QCM, ou des QCM pour animer ma formation, j’aime bien utiliser une grille pour explorer les erreurs des apprenant·es. Voici les 4 colonnes :
- L’erreur que j’observe sur le terrain
- Les conséquences négatives de cette erreur
- La logique ou le raisonnement derrière l’erreur, et pourquoi des fois ça marche.
- Le raisonnement / connaissance juste qui explique les conséquences négatives de l’erreur.
Le tableau type pour explorer les erreurs des apprenant·es
Voici en image le tableau que j’aime bien utiliser avec les 4 colonnes.

Conclusion
Au départ, il n’est pas simple de distinguer entre l’erreur de raisonnement, et les nombreuses erreurs concrètes qui peuvent en découler. Mais vous allez voir, ça vient très vite, et en plus, c’est passionnant !