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13 décembre 2021

La pyramide des apprentissages

Dans cet article nous décortiquerons un mythe éducatif qui a la peau dure : la pyramide des apprentissages. Nous répondrons aux questions :

  1. Qu’est ce que la pyramide des apprentissage ?
  2. Pourquoi c’est un mythe ? 
  3. Pourquoi on y croit ? 
  4. En quoi c’est un problème ?
  5. Que faire à la place ?

Cet article d’abord paru sous la forme d’une newsletter et il a donné lieu à pas mal d’échanges sur Linkedin… Le voilà donc réédité sous forme d’un billet qui sera davantage pérenne.

Pégase pyramide

1. Qu’est-ce que c’est que la pyramide des apprentissages ?

Pyramide Des apprentissages

La pyramide des apprentissage est un diagramme qui classe différentes activités pédagogiques en fonction de ce que des élèves mémoriseraient au cours de ces activités.

  • Au sommet, ce qui serait le moins efficace : lire ou écouter. Seulement 10% de rétention d’information.
  • À la base, plus grand, ce qui serait le plus efficace :  faire. Avec 90% de rétention d’information, ce serait le graal.

Cette pyramide est une variation sur une croyance plus générale selon laquelle c’est la façon dont l’enseignant·e délivre le message qui fait que celui-ci sera, ou non, mémorisé.

2. Pourquoi la pyramide des apprentissages est-elle un mythe ?

1 – Cette pyramide ne découle d’aucun travaux de recherche.

Lorsque l’on fait des recherches pour comprendre d’où vient cette pyramide des apprentissages, on découvre qu’elle est née du mariage entre deux objets :

  • Une sorte de mantra du début du XXème siècle qui ressemblait à : “je retiens 20% de ce que j’entends,  et 80% de ce que je fais”.
  • Le cône d’expérience d’Edgar Dale. Un dessin dont l’objectif était de montrer l’intérêt du multimédia pour l’éducation (dans les années 1970).

Mais Edgar Dale n’a jamais mentionné ces chiffres, et aucun travaux de recherche en sciences cognitives non plus 😖.

2 – Ce n’est pas la forme qui détermine ce que l’on retient

La question de la mémorisation occupe les chercheurs en éducation et en neurosciences depuis des dizaines d’années. Le pourcentage de ce qui est retenu lors de ces études varie toujours d’un article à l’autre. En effet, ça n’est pas pareil d’apprendre des mots inventés, des noms propres, ou la liste des ingrédients nécessaires pour une recette de cuisine.

En fait, ces études nous apprennent quels sont les paramètres qui influent sur ce que l’on mémorise. Les scientifiques ont ainsi montré que ce que l’on retient dépend de :

  • Ce que l’on sait déjà,
  • La nature de ce qui est à mémoriser (chiffres, mots qui ont du sens…),
  • L’attention et du temps que l’on consacre à la mémorisation,
  • La technique utilisée pour mémoriser,
  • La durée entre la mémorisation et l’évaluation,
  • Notre âge,

Ainsi, ce qu’il faut retenir de ces études, c’est que contrairement à ce que suggère la pyramide des apprentissages : Ce N’est PAS la modalité de présentation de l’information qui détermine ce que l’on va retenir.

3. Alors, pourquoi on croit à la pyramide des apprentissages ?

Souvent, on adhère à des théories parce qu’elles vont dans le sens de nos croyances. C’est le fameux biais de confirmation.

Voici un exemple :

Justine est enseignante de mathématiques au collège.

Depuis quelques années, elle a mis en place un enseignement avec de nombreuses activités en petits groupes. Les élèves travaillent ensemble sur des fiches d'activité. Justine ne fait plus que 5 minutes de cours "magistral" avec ses classes, et ça se passe beaucoup mieux qu'avant : sa classe est bien plus calme.

Un matin, elle ouvre instagram et tombe sur une image de la pyramide des apprentissages.

Elle like l'image et met un petit commentaire : "c'est fou !! Je  m'y retrouve à 100%!! Testé et approuvé 💞".

Mais pourquoi Justine adhère-t-elle immédiatement ?
Le point commun entre ce que vit Justine et cette image, c’est que les deux disent : « le travail en groupe avec les élèves actifs, c’est mieux que le cours magistral”.

  • Mais dans le cas de Justine, le travail en groupe est meilleur pour avoir le calme dans sa classe.
  • Alors que pour la pyramide, le travail actif est meilleur pour la mémorisation.

Ce que voit Justine, c’est que la conclusion est la même. Ce post Instagram justifie donc sa pratique en apportant, en plus, une touche de scientificité grâce aux chiffres 🎓.

Et comme Justine, nous avons tous tendance à ne pas questionner ce qui semble confirmer ce que nous croyons déjà 🙃.

4. Pourquoi c’est un problème de croire à la pyramide des apprentissages ?

Le premier point, c’est que ça n’est pas toujours un problème. Dans le cas de Justine, il semble que son enseignement convienne déjà bien à ses élèves. Dans ce cas, le mythe sert juste à lui donner davantage confiance en ses méthodes.

 

❌ C’est par contre un problème lorsqu’il s’agit de concevoir ou d’améliorer un enseignement car :

5. Que faire à la place ?

Il y a deux stratégies à mettre en place qui sont, elles, prouvées par la recherche :

Technique 1 : Adapter la forme au type de contenu à enseigner.

Ce n’est pas que la forme ne compte pas, c’est que la forme à utiliser dépend de ce que l’on enseigne.

  • Pour expliquer un mécanisme comme l’effet de serre, il sera plus efficace d’utiliser un schéma que du texte.
  • Pour expliquer comment faire un mouvement sportif, il faudra montrer à l’élève soit en le faisant, soit avec une vidéo que l’on peut ralentir.

Technique 2 : Utiliser des techniques efficaces pour aider à mémoriser.

Pour mieux mémoriser, il faut en fait chercher à restituer ce que l’on vient d’apprendre. À l’inverse, toutes les techniques basées sur la lecture (ou la relecture, le surlignage) de l’information ne marchent pas.

 


📚 Pour aller plus loin

Autour de la pyramide des apprentissages

Sur les travaux sur la mémorisation

Sur la pédagogie de la découverte

  • Un article de synthèse en anglais : Kirschner, P. A., Sweller, J., & Clark, R. E. (2006). Why Minimal Guidance During Instruction Does Not Work : An Analysis of the Failure of Constructivist, Discovery, Problem-Based, Experiential, and Inquiry-Based Teaching. Educational Psychologist, 41(2), 75‑86. https://doi.org/10.1207/s15326985ep4102_1 ; lien vers le PDF
  • Un vieil article de didactique des sciences en français : Gohau, G. (1987). Difficultés d’une pédagogie de la découverte dans l’enseignement des sciences. Aster, 5(5, p. 173). https://doi.org/10.4267/2042/9230 ; Lien vers le PDF

 


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